Faire l’œuvre de Dieu

Dans le texte du bon samaritain, un maitre de la loi demande à Jésus ce qu’il faut faire pour bien faire, et finalement, il s’interroge : « qui est mon prochain ? ». Il me semble que de bien des manières ce maitre de la loi, c’est notre Eglise. Je leur trouve trois points communs :

Le premier, c’est que l’Eglise est plus souvent perçue comme une institution qui est là pour dire le bien et le mal, plutôt que d’annoncer une bonne nouvelle.

Le deuxième point commun, c’est que ce maitre de la loi, comme l’Eglise cherche sincèrement à servir Dieu avec droiture et vérité. Il est fidèle à sa tradition théologique et spirituelle.

Enfin, le troisième point commun est cette question fondamentale que tous deux se posent : Seigneur comment être fidèle à ton appel ?

« Qui est mon prochain ? ».

Jésus va alors nous montrer la différence fondamentale qu’il y a entre vouloir faire une œuvre pour Dieu et faire l’œuvre de Dieu. Vouloir faire une œuvre pour Dieu c’est se placer au centre, et s’interroger sur ce que Dieu attend de ses serviteurs et servantes. Mais cette démarche aboutit forcément à un cul de sac. L’homme à terre, c’est la personne qui a besoin de salut et que ce maitre de la loi, comme l’Eglise est incapable de rejoindre ! Il est le prochain que Jésus nous présente, tout en sachant que nous ne voudrons ou ne pourrons pas aller le secourir ! Nous voulons savoir qui est le prochain, vers qui nous devons aller ? C’est cet homme à terre. Cet homme qui a besoin de salut, on ne le choisit pas, il s’impose ! Cet homme dérange le programme, sème le désordre dans nos priorités. Il n’attire pas forcément la sympathie. Il est juste blessé et a besoin de soins !

Défi

Le défi que nous pose Jésus est d’accepter de sortir de notre zone de confort. Notre zone de confort, c’est cet « entre nous » confortable et chaleureux, c’est la répétition année après année des mêmes programmes, et des mêmes activités. Car en vérité, nous passons beaucoup de temps en Eglise à parler d’un changement dont nous ne voulons pas ! Pour pouvoir rejoindre cet homme à terre il faudra que l’Eglise s’interroge sur ses fidélités. A quoi est-elle fidèle ? Et qu’est-ce qu’elle trahit en étant fidèle ? Pour sauver cet homme il faudra qu’elle place ce prochain au centre de sa vie. Le problème c’est que la place est déjà prise… par elle-même.

La mission de l’Eglise

Faire l’œuvre de Dieu c’est essayer de placer au centre de notre vie, au centre de nos préoccupations Dieu et la sœur, Dieu et le frère. La seule mission de l’Eglise c’est de rejoindre cet homme à terre et de prendre soin de lui. Le maitre de la loi se mettait au centre de la démarche, mais Jésus a inversé le propos. Il met désormais au centre, cet homme à terre, l’Eglise à demi-morte. La question n’est plus : qui est mon prochain ? Mais elle est maintenant : qui a va être le prochain de ce demi-mort, de notre Eglise ? Oui l’Eglise est cette institution, cette communauté terrassée par l’ennemi, elle est profondément blessée. L’Eglise, la communauté des fidèles a besoin de se laisser rejoindre par Jésus lui-même, le Samaritain qui prend soin de l’homme à terre. C’est d’abord et avant tout lui qui vient à notre rencontre pour nous sauver. C’est lui qui constamment veut nous rejoindre pour prendre soin de nous.

Il veut nous faire passer de la demi-mort à la plénitude de vie.

Jésus est ce plus proche prochain qui veut nous guérir de nos blessures pour que nous puissions de nouveau avancer et être ses disciples. Faire l’œuvre de Dieu, c’est mettre au centre de sa vie Dieu et le prochain, et ne suivre qu’un seul objectif : rejoindre et prendre soin.

Nicole Keller, pasteur à Ormonts-Leysin